Nombreux sont les Français qui s'installent en Thaïlande en pensant qu'une fois partis de l'Hexagone, ils échappent aux obligations déclaratives. Erreur coûteuse. Les nouvelles règles thaïlandaises de 2024, les devoirs persistants envers le fisc français et la convention fiscale bilatérale de 1974 créent un environnement complexe que mieux vaut maîtriser avant l'installation définitive.
Ce guide détaille vos obligations réelles en France et en Thaïlande pour éviter les mauvaises surprises. Deux administrations, une seule ligne directrice : s'acquitter du juste montant, sans excès ni omission.
Le droit français vous considère comme résident fiscal si vous répondez à l'un de ces critères (article 4 B du Code général des impôts) :
Quitter durablement la France pour la Thaïlande, sans y maintenir de résidence principale ni d'activité professionnelle principale, peut vous faire perdre votre résidence fiscale française. Mais cette rupture exige une formalisation administrative précise.
L'année de votre départ, vous devez remplir une déclaration spécifique. Le formulaire 2042-NR (déclaration des revenus des non-résidents) recense vos revenus français jusqu'à la date de départ, puis vos revenus de source française perçus depuis la Thaïlande jusqu'au 31 décembre.
Ce formulaire se trouve directement sur impots.gouv.fr. Votre dossier sera transféré au Service des impôts des particuliers non-résidents (SIPNR) de Noisy-le-Grand, qui devient votre unique interlocuteur fiscal français.
Point souvent négligé par les expatriés thaïlandais : la fin de votre résidence fiscale française n'efface pas vos obligations sur les revenus de source française. Restent donc imposables en France :
Les retraites du secteur privé et certains revenus d'activité peuvent, selon la convention fiscale France-Thaïlande, être imposés uniquement en Thaïlande. Attention toutefois : cette application n'est pas automatique et demande une vigilance des deux côtés.
Signée le 27 décembre 1974, la convention fiscale entre la France et la Thaïlande reste en vigueur aujourd'hui. Son objectif premier : empêcher que vous payiez deux fois des impôts sur les mêmes revenus.
Ses grands principes de répartition :
La convention prévoit des mécanismes de crédit d'impôt ou d'exonération pour éviter la double imposition. En pratique, vous déclarez vos revenus dans les deux pays si nécessaire, mais bénéficiez d'un crédit d'impôt équivalent à ce que vous avez déjà payé dans l'autre pays.
Le texte officiel de cette convention est consultable auprès de la Direction générale des finances publiques pour toute question précise sur son application.
La règle thaïlandaise ne souffre aucune ambiguïté : plus de 180 jours de présence par an sur le territoire vous confère automatiquement le statut de résident fiscal. Aucune démarche administrative n'est nécessaire pour l'obtenir. Le franchissement de ce seuil sur une année civile suffit.
Comme résident fiscal thaïlandais, vous relevez de l'impôt sur le revenu géré par le Revenue Department thaïlandais. Le barème progressif s'échelonne de 0 % à 35 % :
Jusqu'en 2023, une règle officieuse permettait aux expatriés d'échapper à l'impôt thaïlandais sur leurs revenus étrangers. La condition : ne pas rapatrier ces revenus en Thaïlande la même année où ils étaient perçus.
Cette échappatoire a disparu. Depuis le 1er janvier 2024, avec les clarifications apportées, le Revenue Department considère que tout revenu étranger rapatrié en Thaïlande devient imposable, indépendamment de sa date de perception. Peu importe que vous ayez gagné cet argent cette année ou les précédentes.
Exemple concret : des économies constituées en 2021, 2022 ou 2023 et transférées sur votre compte thaïlandais peuvent entrer dans l'assiette imposable thaïlandaise. Seuls échappent à cette règle les fonds antérieurs au 1er janvier 2024, sous réserve de documentation probante.
Cette évolution concerne directement les retraités français qui perçoivent leurs pensions en Thaïlande, les travailleurs à distance avec des revenus étrangers, et tous ceux qui transfèrent des capitaux depuis la France.
Les déclarations thaïlandaises portent les noms PND 90 (revenus mixtes) ou PND 91 (salariés avec revenus simples). L'année fiscale correspond à l'année civile, et vous devez déposer votre déclaration avant le 31 mars de l'année suivante (ou le 8 avril pour les déclarations en ligne).
Points pratiques à retenir :
Trois cas typiques illustrent l'articulation pratique de ces règles :
Jean-Pierre, retraité du privé. Il perçoit 2 000 euros mensuels de la CNAV française et vit à Chiang Mai plus de 180 jours par an. Sa retraite privée devient imposable en Thaïlande selon la convention de 1974. Il ne paie plus d'impôt sur ce revenu en France et déclare via le PND 91 en Thaïlande.
Marie, fonctionnaire retraitée. Ancienne professeure de l'Éducation nationale, elle perçoit 1 800 euros mensuels de pension et réside à Phuket. Sa retraite publique reste imposable en France par nature de la convention, quelles que soient les circonstances. Elle continue donc de déclarer en France via le SIPNR. Si elle rapatrie ces fonds en Thaïlande, la convention lui évite une double imposition en présentant son avis d'imposition français.
Thomas, digital nomade. Âgé de 34 ans, il travaille pour des clients européens depuis Bangkok avec plus de 180 jours de présence. Ses revenus d'activité sont imposables en Thaïlande. N'étant plus résident fiscal français, il déclare via le PND 90 en Thaïlande tout en vérifiant s'il reste des revenus de source française à déclarer auprès du SIPNR.
La fiscalité représente un aspect fondamental de l'expatriation, mais s'accompagne d'autres démarches incontournables avant même de fouler le sol thaïlandais. Obtenir le visa adapté à votre situation (visa retraite, LTR, Non-Immigrant B, etc.) et valider votre passage à l'arrivée conditionnent votre séjour légal dans le pays. Le site https://demarches-thailande.com/ accompagne les Français dans ces démarches administratives d'entrée et de régularisation sur le territoire thaïlandais.
Devenir résident français en Thaïlande ne vous fait pas disparaître des radars fiscaux. Cela vous place à l'intersection de deux systèmes, chacun avec ses règles précises. La convention de 1974 vous protège contre la double imposition, mais cette protection n'est pas automatique. Elle exige de votre part une application active, une documentation rigoureuse et le respect des délais déclaratifs des deux côtés.
Les nouvelles règles thaïlandaises sur les revenus étrangers rapatriés, effectives depuis 2024 et confirmées pour 2026, changent la donne. Chaque virement depuis la France vers vos comptes thaïlandais peut désormais générer une conséquence fiscale. L'anticipation vaut mieux que la régularisation tardive.
Si votre situation présente des complexités particulières, un conseiller fiscal spécialisé en fiscalité internationale franco-thaïlandaise devient votre meilleur investissement. Les sources officielles restent vos références : impots.gouv.fr côté français, et le Revenue Department thaïlandais côté thaïlandais.